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Actualités Bordier & Cie

Confessions

16.11.2007

Et soudain le confessionnal est apparu ;   presque caché au début. Mais depuis il ne désemplit plus, car la file des pénitents a grossi, nourrie par les doutes de la communauté et le temps qui passe. Certains y arrivent pour la première fois, charriés par une vague incontrôlable, alourdis par leurs bilans vaseux, tremblant et bredouillant, la pensée et les explications confuses. La honte est confondue, le demi-aveu presque arraché. Souvent ces pénitents ressortent apaisés par leur confession, délestés de leurs mensonges et terribles secrets. Puis il y a les autres, plus sereins. A moins que ce ne soient les mêmes, qui se présentent une nouvelle fois, en boucle. Dopés par les bienfaits de l’épanchement, ceux-là ne sont plus craintifs, leurs explications paraissent claires, leur maîtrise de l’aveu leur rend honneur. On aurait presque envie de croire qu’ils ne reviendront plus... Mais dans ce confessionnal il y a quelque chose qui cloche….et qui raisonne faux. Il n’y a ni regrets ni remords, pas   de prêtre, ni de juge divin. Qui sont donc ces confessés qui ne regrettent rien, qui n’auraient   commis aucune faute, qui demandent pardon sans avoir tout dit, et qui ne sont pas responsables ? Comment leur faire confiance sans entendre les leçons apprises et leurs engagements futurs ? Qui peut les soumettre ? Certes la finance est athée, et les confessions bancaires de ces dernières semaines n’ont pas la même dimension que les confessions humaines. N’empêche, pourquoi les actionnaires des banques, qui avouent mois après mois des pertes de plus en plus élevées dans les opérations de crédits titrisés, restent-ils ainsi sans réaction face aux conseils d’administration qu’ils ont eux-mêmes choisis et nommés ? La sanction est pourtant bien sonnante et trébuchante pour eux : les actionnaires payent les erreurs de leur conseil d’administration. Des parachutes dorés accordés aux exilés des directions générales jusqu’aux baisses substantielles des cours des actions, la punition terrestre est perverse, presque diabolique. Etre actionnaire comporte des responsabilités, mais la chaîne des « coupables   pas responsables » doit être brisée. Les directions de banques qui ont été emportées par leur excès d’optimisme et leur incompétence à évaluer les risques doivent supporter les conséquences de leurs décisions. Car sinon, lorsque personne n’assume ses responsabilités et que les risques ne semblent plus maîtrisables, la seule issue de secours   que la société connaisse, est la réglementation ex post, forcément alors abusive. Il faut lutter contre cette suréglementation imposée qui freine les dynamiques ; mais pour cela l’auto-réglementation exige que le secteur concerné débute enfin son auto critique, tire des bilans, et émette des recommandations pour éviter les rechutes. Rappelons-nous que l’autoréglementation, c’est comme la ceinture de sécurité, elle n’est crédible et efficace que si elle est bouclée et,   avant l’accident ! 

Michel Juvet
Bordier et Cie
16 novembre 2007