Les devises continueront d’être affectées par les écarts de politiques monétaires. Les prévisions sont assez consensuelles mais sont rarement vérifiées par les faits. Des surprises ne sont pas exclues

Interview de Gianluca Tarolli ” Le pic du billet vert interviendra en 2016″ 

Comment va évoluer le dollar après le durcissement monétaire de la Fed ?

Le moteur des taux de changes demeure aujourd’hui le différentiel des taux d’intérêt, qui est encore en faveur du dollar. Ce processus est entamé depuis plusieurs mois et pas seulement depuis mercredi soir. L’écart entre les taux longs USD et EUR est déjà à des sommets historiques. Il ne faut donc rien attendre de cette variable. En revanche, le différentiel de taux sur le segment des deux ans peut encore apporter du soutien au billet vert. Un repli de l’euro-dollar vers la parité est envisageable, mais pas plus bas. La hausse du billet vert est équivalente à un resserrement monétaire, ce qui limite donc l’action future de la Fed, et freine,in fine, la hausse du billet vert. En outre, la BCE va rester active. Surtout, l’économie européenne reprend des couleurs. Les flux de capitaux vers les actifs boursiers éviteront un effondrement de la monnaie européenne. Le pic du dollar interviendra ainsi en 2016.

La livre bénéficiera-t-elle d’un prochain geste de la Banque d’Angleterre ?

Dans la liste des banques centrales qui vont devoir relever les taux directeurs, la Banque d’Angleterre est effectivement numéro deux. Au second semestre 2016 ? Cela dépendra aussi de la date du référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Envisageable fin 2016, ce scrutin apportera de la volatilité sur les marchés, une pression sur la livre et, donc, justifiera la plus grande prudence de la Banque d’Angleterre. Globalement, la livre subira des pressions haussières par rapport à l’euro dans l’anticipation de la hausse de taux de la banque centrale mais qui seront compensées par les incertitudes liées au référendum à venir.

Qu’anticipez-vous pour le yen ?

La Banque du Japon a clairement la mission de ramener l’inflation en territoire positif. Mais elle ne devrait pas pour autant renforcer son assouplissement quantitatif. Le yen est déjà une devise faible. Son taux de change effectif a abandonné 36 % depuis 2001 alors que le dollar restait stable ou que l’euro se renforçait de 13 % au cours de la même période. Le Japon est ainsi le seul pays où les bénéfices des entreprises ont crû cette année alors qu’ils s’infléchissaient aux EtatsUnis et stagnaient en Europe. Le Japon n’a plus besoin de déprécier sa devise. C’est la répartition des richesses créées qui doit être rééquilibrée en faveur des ménages pour renforcer sa croissance potentielle et assurer la sortie de déflation.

Pékin a, semble-t-il, relancé la baisse du yuan, ces derniers jours. Faut-il craindre une dévaluation massive ?

Non, ce n’est pas l’intérêt de l’économie chinoise. L’objectif de moyen terme de Pékin est de renforcer la croissance vers plus de consommation et de renforcer sa compétitivité via des gains de productivité qui viendront non pas de dévaluations mais d’investissements dans l’innovation. La production chinoise doit monter en gamme. Toutefois, Pékin a bien compris que son intérêt n’est pas d’avoir une devise arrimée uniquement au dollar mais à un panier de devises. L’expérience des pays émergents a montré toute l’importance de cette stratégie quand les cycles économiques ne sont plus synchronisés.

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